Prisonniers de la Toile ?

15 mar

Tandis que se généralise l’expression Web 2.0 pour désigner des technologies de plus en plus interactives, certains crient au génie, d’autres à l’escroquerie… Entre technophobie et technolâtrie, existe-t-il une troisième voie qui consisterait à dénoncer les dangers que présente Internet, sans minimiser la puissance et l’intérêt des outils qu’il met à notre portée ?

I. DE NOUVELLES FONCTIONNALITÉS

A. La désintermédiation
Grâce au web, lecteur et auteur, acheteur et vendeur, citoyen et responsable politique peuvent entrer en relation directement.

B. Des médias «à la carte»
Des syndicateurs de contenus (RSS) aux plates-formes vidéo (YouTube, Dailymotion, etc.), la Toile offre désormais autant de médias qu’il y a d’internautes !

C. Un contre-pouvoir citoyen
Face aux pouvoirs publics et privés, les blogs, wikis et autres médias collaboratifs (AgoraVox) apparaissent comme autant de contre-pouvoirs.

II. VERS L’ESCLAVAGE 2.0 ?

dix_plaiesA. La gratuité, c’est le vol
L’immensité de l’offre gratuite sur Internet (textes, albums, films, séries…) repose avant tout sur un vol généralisé : vol des créateurs au profit des opérateurs, vol de nos données personnelles au profit des annonceurs.

B. L’hypermnésie de la Toile
Les réseaux sociaux permettent à chacun de se raconter. Mais tout repentir, tout oubli, tout effacement est impossible…

C. Dans les nuages…
La dématérialisation généralisée des programmes et des contenus (l’hébergement de nos mails chez Google ou Hotmail, par exemple) accroît notre dépendance à l’égard des géants de la Toile.

Ecrans.fr, un site du quotidien Libération, a publié le 6 février 2009, sous le titre «Tout le monde a intérêt à transformer Internet en Minitel», un entretien fort intéressant avec Benjamin Bayart, Président de FDN (French Data Network), le plus vieux fournisseur d’accès à Internet en France. Pour ce dernier, le web d’aujourd’hui s’éloigne dangereusement des principes de partage et d’ouverture qui ont présidé à la création du réseau.

Problématiques de la réception

8 mar

Récepteurs, consommateurs, audience, public… Issues du courant des ‘Uses and Gratifications’, de nombreuses recherches sont menées à partir des années 1970 sur la façon dont les «récepteurs» vivent et s’approprient les médias. L’observation des spectateurs et l’analyse minutieuse des discours qu’ils tiennent sur leurs pratiques médiatiques nous enseignent que la réception des médias fait l’objet d’une véritable négociation sociale et identitaire.

I. PRODUCTION DE SENS ET INTÉGRATION CULTURELLE

A. Des récepteurs actifs
Contrairement à ce que laisse croire le modèle de Shannon et Weaver, le récepteur ne se contente pas de recevoir passivement l’information.

B. Lectures préférentielles
Pour Stuart Hall, codage et décodage sont rarement symétriques; à côté du décodage de négociation (message partiellement reçu, ou adapté localement par le récepteur), on trouve le décodage d’opposition (refus d’adhérer, rejet des contenus).

C. L’esthétique de la réception
Hans-Robert Jauss, représentant de l’école de Constance, introduit en 1967 la notion d’horizon d’attente : le plaisir de la lecture naît d’un dialogue complice avec le lecteur.

II. ANALYSE DES PRATIQUES TÉLÉVISUELLES

Sur la consommation de la télévision, les clichés abondent. Notamment celui selon lequel le public resterait «scotché» face à son poste de télévision, piégé par la force des images.

A. Un objet fuyant
Le téléspectateur ne se laisse pas facilement étudier — preuve qu’on peut faire partie de l’audience sans faire partie du public d’une émission !

B. Un objet central
Au centre des foyers, au centre des conversations, au centre de la société, la télévision est omniprésente.

C. Des pratiques contextualisées
La réception télévisuelle dépend beaucoup de l’environnement relationnel dans lequel elle s’inscrit (contexte de visionnement).

Les travaux de la sociologue Dominique Pasquier, spécialiste des usages des médias, sont partout cités. On pourra lire sur le site de la revue CLIO un compte rendu de son livre La Culture des sentiments (livre consacré en 1999 au succès de la série «Hélène et les garçons»), ou bien télécharger, sur le site du CNRS, cet excellent article sur les difficultés méthodologiques que posent les études sur la réception de la télévision.

La société du spectacle

1 mar

Nous évoluons — c’est là un constat largement partagé — dans un univers de faux-semblants et de simulacres. L’intellectuel français Guy Debord fut le premier, avec La Société du Spectacle (1967), à dénoncer cette dérive de nos sociétés contemporaines. Toutes nos expériences, y compris les plus intimes, sont désormais médiatisées par des images. Comme un «soleil qui ne se couche jamais», le spectacle «recouvre toute la surface du monde», faisant du vrai un moment même du faux. Le règne généralisé du spectacle laisse-t-il pour autant les individus passifs et démunis ?

I. LE SACRE DE L’ILLUSION

A. L’esthétique du spectacle
Comme l’a bien montré Guy Debord, le spectacle instaure une coupure entre le monde et sa représentation. C’est le réel tel que nous le rêvons qu’il nous donne à voir.

B. Flirt avec l’extrême
D’une façon générale, le spectacle nous arrache à la banalité du quotidien, nous permettant de vivre d’extraordinaires expériences virtuelles.

C. Une expérience libératrice
Depuis Aristote et son concept de catharsis, on reconnaît au spectacle une valeur libératrice. Plus modestement, il nous permet de canaliser nos émotions et de nous préparer aux expériences existentielles majeures qui nous attendent.

II. LA CONFUSION DES GENRES
La généralisation du spectacle entraîne cependant toute un série de confusions, qui menacent, selon Dominique Wolton, le concept même de communication (Il faut sauver la communication, 2005).

A. L’infotainment
La production de l’information est soumise aux mêmes lois (techniques et économiques) que la production de la fiction ou du divertissement.

B. La peopolisation du politique

Parmi les outils du marketing politique figure désormais le dévoilement, ou plutôt l’exposition de la vie privée des femmes et hommes politiques.segolene_marbella

C. L’invention de la réalité
Docufictions, docudramas, télé-réalité… la télévision ne montre plus la réalité, elle la fabrique.

Publiée sur le site  Acrimed (Action Critique Médias), cette fine analyse du «Grand Journal» montre en quoi l’émission phare de Canal Plus, en mélangeant systématiquement les genres et en mettant en scène, de façon frivole et (faussement) impertinente, l’affrontement des idées, participe de cette dérive contemporaine de la télévision qui en fait le lieu privilégié du «tout-spectacle».

Le discours informatif

9 fév

Discours d’une espèce bien particulière, le discours d’information médiatique a su tirer profit de tous les progrès réalisés dans les domaines du son, de l’image et de la transmission des données. Les médias audiovisuels sont désormais capables de couvrir, à chaud, n’importe quel événement dans n’importe quel point du monde. Mais si l’information a gagné en vitesse, elle n’a pas nécessairement gagné en fiabilité. L’impératif du «scoop», dans un contexte fortement concurrentiel, multiplie les risques de désinformation.

I. DES CONTRAINTES SITUATIONNELLES

A. Un contrat de communication spécifique

Le discours informatif s’engage à faire connaître au public les faits marquants de l’actualité dans leur nouveauté, leur immédiateté et leur authenticité.

B. Les agences de presse

Censées fournir aux médias l’information « brute », elles agissent comme des filtres, effectuant un premier tri et orientant les analyses à venir. Pour exemple, découvrez ici le «fil» de l’AFP.

C. Des critères communs

Communs à l’ensemble des médias d’information : des critères d’actualité, de proximité et de sensationnalisme (à des degrés divers).

II. LA « CONSTRUCTION » DE L’ÉVÉNEMENT

A. Saillance et prégnance

Un fait d’actualité ne peut accéder au statut d’événement qu’à certaines conditions.

B. Un réel déjà prédécoupé

L’événement doit pouvoir s’insérer dans l’une des catégories, ou rubriques, de l’espace rédactionnel.

C. Mise en intrigue, mise en discours

L’événement-dépêche est réécrit et scénarisé en fonction des attentes présumées du public-cible.

III. DES VISÉES CONTRADICTOIRES

Prise entre la volonté d’informer et le souci de séduire, l’information médiatique doit concilier des stratégies contradictoires, selon l’analyse de Patrick Charaudeau.

A. Des stratégies de crédibilité

Pour emporter la confiance du récepteur, seront recherchés des effets d’authenticité et de vérité.

B. Des stratégies de séduction

Mais il s’agit aussi de toucher l’émotivité du récepteur, par la mise en œuvre d’effets de dramatisation et/ou de ludisme.

C. Une légitimité sans cesse menacée

L’exercice d’information est périlleux, le récepteur pouvant à tout moment retirer sa confiance.

Avec la multiplication des canaux d’information apparaît une nouvelle forme de journalisme qui ne consiste plus à produire l’information, mais à la reproduire. C’est du moins ce que dénonce Marie Bénilde dans un article du Monde diplomatique paru en août 2008.

L’impact des médias

27 jan

Chercheurs et analystes se sont très tôt intéressés aux effets que les médias peuvent produire sur l’opinion publique. À une vision un peu simpliste, postulant une manipulation des consciences à grande échelle, ont succédé des travaux plus rigoureux, s’appuyant sur des enquêtes chiffrées, qui relativisent l’influence des médias.

I. LA THÉORIE DE L’EMPRISE

A. L’illusion de la toute-puissance
Harold Lasswell s’enflamme pour les médias, capables selon lui d’inoculer n’importe quelle valeur à une foule atomisée et passive (1927).

B. Une influence contestée
Les enquêtes menées dans le cadre de la Mass Communication Research dès les années 40 remettent sérieusement en question l’impact direct des messages médiatiques sur le récepteur.

II. L’APPROCHE FONCTIONNALISTE

A. Un processus en deux étapes
Les enquêtes dirigées par Paul F. Lazarsfeld et son équipe dans les années 40-50 montrent l’importance des relais ou des leaders d’opinion dans le processus de communication (théorie du two-step flow).

B. Les médias comme activateurs de débats
S’ils ne nous disent pas ce que nous devons penser, ils nous disent néanmoins quotidiennement à quoi nous devons penser (théorie de l’agenda setting).

C. Ce que les gens font des médias

Elihu Katz s’est penché sur les usages que les récepteurs font des médias et sur les gratifications qu’ils retirent de leurs pratiques médiatiques (théorie des Uses and Gratifications).

III. L’HÉGÉMONIE DES INDUSTRIES CULTURELLES

A. La notion d’industrie culturelle
Pour Adorno et Horkheimer (1947), la production industrielle des biens culturels entraîne l’uniformisation des esprits et des goûts.

B. Des instruments de domination ?
Médias et programmes sont contrôlés par quelques «multinationales de la communication» qui diffusent ainsi normes et modèles culturels à l’échelle planétaire.

Musclé et décapant, cet article d’Ignacio Ramonet paru en octobre 2003 dans Le Monde diplomatique dénonce les «archipouvoirs des mégagroupes médiatiques de notre temps» et suggère la création d’un «cinquième pouvoir» pour que soit garanti le droit à une «information non contaminée».

Propagande et manipulation des masses

21 jan

Contrairement à une idée reçue, les régimes totalitaires ne sont pas les seuls à recourir à cette forme de manipulation médiatisée qu’on appelle la propagande. Nos démocraties y succombent également, soucieuses de convaincre leurs opinions publiques du bien-fondé de leurs actions.

I. DANS L’UNIVERS DU MENSONGE

A. Les mass media au service de la manipulation des masses
Profitant de l’explosion des médias de masse, la propagande est passée, au XXe siècle, du stade artisanal au stade industriel !

B. La parole manipulatoire
Dans La Parole manipulée (2000), Philippe Breton définit la manipulation comme «mensonge organisé, privation de liberté de l’auditoire et outil pour vaincre sa résistance.»

II. L’ÈRE DES FOULES

A. La psychologie des foules
Selon Gustave Le Bon (La Psychologie des foules, 1895), la foule est dotée d’une sorte d’«âme collective» qui rend les individus qui la composent particulièrement crédules et influençables.

B. Le viol des foules
Viol que la propagande politique réussit à perpétrer en se greffant en quelque sorte sur l’inconscient collectif de la foule (Serge Tchakhotine, Le Viol des foules par la propagande politique, 1939).

III. LES TECHNIQUES DE LA PROPAGANDE

A. La manipulation des affects
Ou comment faire accepter un message en jouant sur la séduction, la peur ou une clarté pour ainsi dire aveuglante.

B. La manipulation des raisonnements
Les arguments d’autorité, de cadrage ou d’analogie sont autant de pièges tendus au récepteur.

«La propagande de Goebbels, dira Hitler, est une de nos armes de guerre les plus efficaces.» Vous trouverez sur Wikipédia la biographie de Goebbels et sur HSGM, site consacré à l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale, de nombreuses affiches de propagande, tant au service de l’Axe qu’au service des Alliés.

McLuhan, prophète du village planétaire

14 jan

Auteur de formules chocs qui ont fait le tour du monde, le sociologue canadien Herbert Marshall McLuhan (1911-1980) est l’homme qui, dès les années 60, a prédit l’arrivée d’Internet. Fondateur à l’université de Toronto du Center for Culture and Technology, il s’est principalement consacré à l’étude de l’impact des moyens de communication sur la culture et la société.

I. UN DÉTERMINISME TECHNOLOGIQUE
A. Les quatre âges de l’humanité
Ce sont nos techniques de communication qui déterminent nos modes de perception et de connaissance. À chaque âge son medium, de la parole aux médias électroniques.

B. Un modelage mutuel
Nous façonnons des outils qui, à leur tour, nous façonnent…

C. World is a global village
Un « village global » où chacun serait en relation avec chacun. McLuhan en a rêvé; Internet l’a fait !

II. UNE GRAMMAIRE DES SUPPORTS

A. Des prolongements du corps humain
Plus qu’un moyen, le medium est une prothèse de l’œil, de la main, de l’oreille et, au-delà, du système nerveux.

B. « Le medium EST le message »
L’essentiel n’est pas dans le contenu transmis, mais dans le mode de transmission.

III. VOTRE MEDIUM : CHAUD OU FROID ?

A. Les médias chauds
Caractérisés par leur forte définition, ils laissent peu d’initiative au récepteur.

B. Les médias froids
Caractérisés par leur faible définition, ils exigent du récepteur une forte implication.

À destination des étudiants en communication, le site canadien "Bibliothèque et Archives Canada" a mis en ligne un dossier complet, «Anciens messagers, nouveaux médias», consacré à la vie, aux travaux et à l’influence de McLuhan. Ce dossier propose également des photographies, des manuscrits et des documents audiovisuels (notamment des interviews de McLuhan).

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